Clichés à éviter

Un cliché est une formule tellement usée qu'elle ne fait plus sentir ce qu'elle désigne. Elle occupe la place qu'une image juste aurait pu prendre.

Pourquoi les clichés affaiblissent

Une bonne image fait voir. Un cliché désigne. Quand on lit « un silence assourdissant », on ne voit rien : on reconnaît une étiquette. Le cerveau la classe dans « silence dramatique » et passe à la suite sans s'y arrêter. L'image n'a pas fait son travail.

Les clichés s'installent parce qu'ils facilitent la rédaction. Ils sont disponibles immédiatement, ils paraissent dire quelque chose, ils remplissent la page. Mais ils privent le texte de sa présence au monde. Un texte qui s'appuie sur des clichés fait sentir un auteur qui regarde des formes déjà nommées, pas des choses.

Clichés d'émotion

Chacune de ces formules est une interprétation déjà faite, servie au lecteur sous forme de résumé. Décrivez plutôt le geste, la position du corps, la voix qui s'interrompt. Laissez le lecteur conclure à l'émotion.

Clichés de description physique

Ces descriptions sont des catalogues de prêt-à-porter. Un vrai visage se laisse décrire par deux ou trois détails singuliers : une dent légèrement chevauchée, une cicatrice sous la lèvre, une manière de baisser les paupières en souriant. Ces détails-là individualisent ; les clichés interchangent.

Clichés météorologiques et d'atmosphère

La météo, dans un roman, vaut par ce qu'elle fait aux personnages, pas par son pittoresque. Remplacez la tempête qui gronde par un détail concret : la porte qui claque, le chien qui refuse de sortir, l'eau qui déborde de la gouttière.

Clichés narratifs

Ces formules appartiennent à la narration poussive. Elles annoncent lourdement ce qui suit. Si un événement bascule la vie d'un personnage, le lecteur le comprendra par ce qui se passe ; on n'a pas besoin de le lui promettre une page à l'avance.

Clichés de dialogue

Les verbes de dialogue surchargés d'adverbes et de détails interprétatifs trahissent une méfiance envers le dialogue lui-même. Si la réplique est bien écrite, « dit-elle » suffit. Si la manière de dire compte, un geste ou un silence en dit plus qu'un verbe d'incise décoré.

Clichés d'action

Comment s'en débarrasser

Les clichés s'infiltrent dans le premier jet, quand l'auteur écrit vite. C'est normal. La réécriture est le moment où on les traque.

Technique pratique : faites une passe dédiée aux images. Surlignez chaque comparaison et chaque métaphore. Pour chacune, demandez-vous si vous l'avez déjà lue ailleurs. Si oui, remplacez-la par une image plus précise, tirée du réel du personnage et de la scène. La plupart des clichés tombent facilement dès qu'on les voit.

Le critère : une image qui fait voir vaut infiniment mieux qu'une image qui fait reconnaître. Un bon test — si vous pouvez remplacer votre image par une photographie et qu'elle dit la même chose, elle vaut. Si elle ne fonctionne que par convention culturelle, c'est un cliché.