Règles typographiques françaises
La typographie française obéit à des conventions précises, codifiées notamment par le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale. Les respecter signale le sérieux éditorial et facilite la lecture. Les ignorer marque immédiatement un texte amateur.
Les espaces avant la ponctuation
En français, les signes de ponctuation dits « doubles » (composés de deux éléments : ; : ! ?) ainsi que les guillemets sont séparés du mot par une espace insécable. C'est une différence majeure avec l'anglais, qui colle ces signes au mot.
| Signe | Espace avant | Espace après |
|---|---|---|
| Virgule (,) | Aucune | Normale |
| Point (.) | Aucune | Normale |
| Points de suspension (…) | Aucune | Normale |
| Point-virgule (;) | Fine insécable | Normale |
| Point d'interrogation (?) | Fine insécable | Normale |
| Point d'exclamation (!) | Fine insécable | Normale |
| Deux-points (:) | Insécable (espace-mot) | Normale |
| Guillemet ouvrant («) | Normale | Insécable |
| Guillemet fermant (») | Insécable | Normale (ou aucune devant une ponctuation) |
| Parenthèses, crochets | Normale avant l'ouvrant | Aucune à l'intérieur |
L'espace avant les deux-points est la règle qui surprend le plus. Le deux-points reçoit une espace insécable de taille normale (espace-mot), alors que le point-virgule, le point d'interrogation et le point d'exclamation reçoivent, dans la composition soignée, une espace fine insécable, plus étroite. En pratique, hors édition professionnelle, l'espace insécable ordinaire devant les quatre signes est admise : l'essentiel est qu'elle soit insécable, pour qu'aucun signe ne se retrouve seul en début de ligne.
Comment la saisir. Dans Word sous Windows, l'espace insécable s'obtient avec Ctrl+Maj+Espace ; sur la plupart des applications macOS, avec Option+Espace. Word et LibreOffice l'insèrent souvent automatiquement devant ; : ! ? lorsque la langue du document est réglée sur le français. Sur le web, l'espace insécable s'écrit (U+00A0) et l'espace fine insécable   (U+202F).
On ne met pas d'espace avant le point, la virgule ni les points de suspension, ni à l'intérieur des parenthèses et des crochets. Les points de suspension sont toujours au nombre de trois (on préfère le caractère unique « … ») et ne se cumulent pas avec « etc. », qui a déjà valeur de suspension. Pour signaler une coupure dans une citation, on utilise des points de suspension entre crochets : […]. Pour le détail de chaque signe, voir la fiche sur la ponctuation.
Les guillemets
Le français utilise les guillemets chevrons « », dits « guillemets français », avec une espace insécable à l'intérieur : « Bonjour. » Pour une citation à l'intérieur d'une citation, l'Imprimerie nationale recommande les guillemets anglais courbes “ ”, collés au texte : « Il m'a dit : “Jamais.” Puis il est parti. » Les guillemets droits (" ") sont un héritage du clavier et n'ont pas leur place dans un texte composé.
Place du point final. Si la citation est une phrase complète introduite par un deux-points, le point final reste à l'intérieur des guillemets : Il répéta : « Je ne viendrai pas. » Si la citation est un fragment fondu dans la phrase, la ponctuation se place après le guillemet fermant : Il parlait d'un « malentendu ».
Les apostrophes typographiques sont courbes (’), et non droites ('). La plupart des traitements de texte effectuent la conversion automatiquement ; vérifiez-le dans un manuscrit assemblé à partir de sources différentes.
Les tirets
Trois signes cohabitent, souvent confondus :
- Trait d'union (-) : lie les éléments des mots composés (« peut-être », « après-midi ») et marque la coupure en fin de ligne. Jamais d'espace autour.
- Tiret demi-cadratin (–) : dans l'édition actuelle, c'est le tiret le plus courant pour encadrer une incise – comme ici – avec une espace insécable du côté du texte encadré. Il sert aussi aux énumérations en début de ligne.
- Tiret cadratin (—) : plus long, il marque traditionnellement le changement d'interlocuteur dans les dialogues. Certaines maisons l'emploient aussi pour les incises ; d'autres utilisent le demi-cadratin partout.
Le choix entre cadratin et demi-cadratin relève en partie de la charte de chaque éditeur. L'important est la cohérence : un même usage d'un bout à l'autre du texte. Pour un intervalle (pages 12 à 15, années 1914-1918), le français emploie traditionnellement le trait d'union ou la préposition « à » ; le demi-cadratin, d'usage anglo-saxon, s'est répandu sans être imposé.
Chevrons et tirets dans les dialogues
La présentation classique du dialogue dans l'édition française combine les deux signes : le guillemet ouvrant « annonce le début de l'échange, chaque changement d'interlocuteur est marqué par un tiret en début de ligne, et le guillemet fermant » clôt l'échange entier, pas chaque réplique.
« Tu viens ce soir ?
— Non, dit-elle. Pas ce soir.
— Tant pis. »
Règles associées :
- Le tiret est suivi d'une espace insécable ; chaque réplique ouvre un nouveau paragraphe.
- L'incise (« dit-elle ») ne ferme pas les guillemets : on reste dans le dialogue.
- Si une phrase de narration s'intercale au milieu de l'échange, on ferme les guillemets avant elle et on les rouvre après.
- La première réplique ne prend pas de tiret, puisqu'elle est ouverte par le guillemet.
Beaucoup d'éditeurs contemporains ont simplifié cette présentation : ils suppriment les guillemets et ouvrent chaque réplique, y compris la première, par un tiret. Les deux présentations sont correctes ; ce qui ne l'est pas, c'est le mélange au sein d'un même livre, ou les guillemets ouverts et fermés à chaque réplique à la manière anglaise. Pour la ponctuation des incises et le choix des verbes, voir la liste des verbes de dialogue et le guide pour écrire un dialogue.
Les majuscules
Les majuscules prennent les accents, la cédille et le tréma : « État », « À demain », « Île-de-France », « Ça marche ». L'Académie française rappelle que l'accent a pleine valeur orthographique sur les capitales. L'habitude de les omettre vient des contraintes techniques de la composition et des machines à écrire, non d'une règle. Un « ETAT » en couverture d'un livre est une faute.
Ce qui ne prend pas de majuscule en français, contrairement à l'anglais : les jours et les mois (« lundi 3 mars »), les noms de langues (« le français »), les adjectifs de nationalité (« un auteur belge »). En revanche, le nom désignant les habitants prend la majuscule : « les Belges », « une Lyonnaise ».
Titres de chapitres et intertitres : seule l'initiale du premier mot (et des noms propres) prend la capitale. Les titres ne sont pas suivis d'un point final.
Titres d'œuvres : majuscules et italique
Les titres d'œuvres publiées séparément (livres, films, pièces, opéras, tableaux, albums) se composent en italique, sans guillemets. Dans un manuscrit dactylographié où l'italique est impossible, on peut les souligner, mais jamais cumuler italique et guillemets.
Pour les majuscules, la règle de l'Imprimerie nationale est la plus suivie dans l'édition :
- Si le titre commence par un article défini, l'article et le premier nom prennent la capitale, ainsi que l'adjectif qui précède ce nom : Les Misérables, Le Petit Prince, La Peste.
- Si le titre est formé de deux termes coordonnés ou opposés, chacun suit la même règle : Le Rouge et le Noir, Guerre et Paix.
- Si le titre commence par un autre mot (article indéfini, préposition, verbe…), seul le premier mot prend la capitale : Une saison en enfer, À la recherche du temps perdu, Voyage au bout de la nuit.
- Si le titre est une phrase, seul le premier mot prend la capitale : Les dieux ont soif.
Quand l'article du titre se contracte avec une préposition, il passe en romain et en minuscule : « l'auteur des Misérables », « un passage du Rouge et le Noir ». Certains ouvrages de référence préconisent une règle plus simple (capitale au seul premier mot) ; si votre éditeur l'applique, suivez sa charte.
Collections, journaux, chapitres
| Élément | Composition | Exemple |
|---|---|---|
| Livre, film, pièce, album | Italique | Madame Bovary |
| Journal, revue, magazine | Italique | un article du Monde |
| Nom de collection | Romain entre guillemets | la collection « Folio », « Que sais-je ? » |
| Chapitre, poème d'un recueil, article, nouvelle d'un recueil | Romain entre guillemets | « Le Dormeur du val » |
| Maison d'édition | Romain, sans guillemets | publié chez Gallimard |
Le principe : l'italique désigne une œuvre publiée en tant que telle ; les guillemets désignent une partie d'un ensemble (le poème dans le recueil, l'article dans la revue) ou une dénomination qui n'est pas un titre d'œuvre (la collection). Le nom de l'éditeur, qui est une raison sociale, reste en romain.
Les mots étrangers
Les mots et locutions étrangers non francisés se composent en italique : un cliffhanger, la saudade, in extremis, statu quo. Les mots entrés dans l'usage et enregistrés par les dictionnaires courants restent en romain : week-end, parking, best-seller, sandwich, interview. Le dictionnaire tranche : si le mot y figure sans mention « mot anglais », il est naturalisé.
Les rectifications orthographiques de 1990 ont francisé certaines locutions latines, qui prennent alors l'accent et passent en romain : « à priori », « à postériori ». La graphie traditionnelle a priori, en italique, reste correcte. Les noms propres étrangers (personnes, villes, institutions) ne se mettent jamais en italique. Une citation en langue étrangère se met soit en italique, soit en romain entre guillemets, mais pas les deux.
Dans un dialogue, un personnage qui emploie un anglicisme courant à l'oral (« un mail », « c'est cool ») n'appelle généralement pas d'italique : l'italique attirerait l'attention sur un mot que le personnage, lui, ne remarque pas.
Les nombres
Les nombres de cinq chiffres et plus sont séparés en tranches de trois chiffres par une espace insécable (fine en composition soignée) : 10 000, 1 000 000. Pour les nombres de quatre chiffres, l'espace est facultative (1000 ou 1 000) ; elle ne s'emploie jamais dans les années, les numéros de page ou les codes postaux. La virgule sert de séparateur décimal : 3,14.
Dans un texte littéraire, on écrit généralement les nombres en toutes lettres, en particulier les petits nombres, les âges et les durées : « Il avait vingt-sept ans. » Les chiffres restent d'usage pour les dates, les numéros, les mesures précises et les grands nombres : « le 15 mars 1871 ». Depuis les rectifications de 1990, on peut relier tous les éléments d'un numéral composé par des traits d'union (« vingt-et-un », « deux-cent-trois ») ; la graphie traditionnelle (« vingt et un », « deux cent trois ») reste correcte.
Ordinaux : 1er, 1re, 2e, 3e (et non « 2ème » ni « 2è ») ; 2d ou 2nd pour « second ». Les siècles s'écrivent en chiffres romains, idéalement en petites capitales : le XIXe siècle.
Les sigles et abréviations
L'usage moderne compose les sigles sans points (SNCF, ONU, RATP). Les acronymes qui se prononcent comme un mot peuvent ne garder que l'initiale en capitale lorsque leur usage s'est installé (l'Unesco, l'Otan) ; certains sont devenus des noms communs et s'écrivent tout en minuscules (le sida, un radar).
Pour les abréviations, on ne met pas de point lorsque l'abréviation se termine par la dernière lettre du mot : M. (monsieur), mais Mme, Mlle, Dr. « Mr » est l'abréviation anglaise de mister, à proscrire pour « monsieur ». « Etc. » est toujours précédé d'une virgule et suivi d'un point abréviatif, qui se confond avec le point final.
Les dates et heures
Les dates s'écrivent dans l'ordre jour, mois, année, sans virgule : « le 15 mars 2024 », jamais « mars 15, 2024 ». Le nom du mois ne prend pas de majuscule. Le premier jour du mois s'écrit « 1er ».
Les heures s'écrivent avec le symbole « h », précédé et suivi d'une espace insécable : « 14 h 30 », « 9 h 05 », « 18 h ». La notation « 14:30 » est réservée aux affichages techniques. Dans un récit, l'heure s'écrit volontiers en toutes lettres : « à cinq heures du matin ».
Les appels de note
L'appel de note se compose en exposant, collé au mot auquel il se rapporte, sans espace, et se place avant la ponctuation : « une question1. » Lorsque la note porte sur une citation entière, il se place avant le guillemet fermant. L'usage anglo-saxon, qui met l'appel après la ponctuation, se rencontre dans certaines traductions ; quelle que soit l'option retenue, restez cohérent.
Les variantes régionales
Les usages varient légèrement dans la francophonie. Au Québec, l'Office québécois de la langue française recommande l'espace insécable devant le deux-points et à l'intérieur des guillemets, mais aucune espace (ou une espace fine en typographie soignée) devant le point-virgule, le point d'interrogation et le point d'exclamation. En Suisse, l'espace devant ces trois signes est également souvent omise. Si votre texte s'adresse à un lectorat précis, suivez les conventions de la zone visée ou celles de la maison qui publiera. Pour la mise en forme d'un manuscrit et le calcul de sa longueur, voir aussi mots, signes et pages.
Questions fréquentes
Faut-il mettre une espace avant les deux-points en français ?
Oui. En typographie française, le deux-points est toujours précédé d'une espace insécable et suivi d'une espace normale : « Voici la règle : une espace avant. » C'est le signe pour lequel l'espace est la plus large, puisque l'Imprimerie nationale prévoit une espace-mot, et non une espace fine, avant lui.
Quelle différence entre espace insécable et espace fine insécable ?
Les deux empêchent le retour à la ligne entre le mot et le signe ; la fine est simplement plus étroite. La composition soignée met une fine devant le point-virgule, le point d'interrogation et le point d'exclamation, et une insécable normale devant le deux-points et à l'intérieur des guillemets. Dans un manuscrit, une insécable normale partout est acceptée.
Doit-on mettre les mots anglais en italique ?
Oui s'ils ne sont pas francisés (un cliffhanger, un feel good book), non s'ils figurent dans les dictionnaires courants comme mots français (week-end, parking, best-seller). Les noms propres étrangers ne se mettent jamais en italique.
Les noms de collections s'écrivent-ils en italique ou entre guillemets ?
Selon le Lexique de l'Imprimerie nationale, les noms de collections se composent en romain et entre guillemets : la collection « Folio », « Que sais-je ? ». L'italique est réservé aux titres des ouvrages eux-mêmes et aux titres de journaux et de revues.
Quelles majuscules dans un titre de livre ?
Selon la règle de l'Imprimerie nationale, si le titre commence par un article défini, l'article et le premier nom prennent la capitale (Les Misérables, Le Petit Prince) ; sinon, seul le premier mot en prend une (Voyage au bout de la nuit). Les mots suivants restent en minuscules, contrairement à l'usage anglais qui capitalise chaque mot important.
Faut-il utiliser les chevrons ou le tiret pour un dialogue ?
Les deux, dans la présentation classique : un guillemet ouvrant « en début d'échange, un tiret à chaque changement d'interlocuteur, un guillemet fermant » à la fin. Beaucoup d'éditeurs n'utilisent plus que les tirets. Les deux usages sont corrects, à condition de ne pas les mélanger.
Cadratin ou demi-cadratin pour les dialogues ?
Le cadratin (—) est l'usage traditionnel pour les répliques ; de nombreux éditeurs emploient aujourd'hui le demi-cadratin (–), plus discret. Le trait d'union (-) est en revanche fautif. Choisissez un tiret et gardez-le dans tout le texte.
Les majuscules doivent-elles être accentuées ?
Oui. L'accent a pleine valeur orthographique sur les capitales, comme le rappelle l'Académie française : « État », « À bientôt », « ÉCRIVAIN ». Leur omission ne repose sur aucune règle.