Figures de style
Une figure de style est un écart volontaire par rapport à l'usage courant. Bien utilisée, elle frappe et éclaire. Mal utilisée, elle alourdit.
Figures d'analogie
Comparaison
Rapproche deux éléments par un outil de comparaison (« comme », « tel », « ainsi que », « pareil à »). C'est la figure la plus élémentaire. Sa force dépend entièrement de la justesse du rapprochement.
Métaphore
Identifie deux éléments sans outil de comparaison. « L'hiver de sa vie » assimile une période tardive à une saison froide. La métaphore est plus économique que la comparaison mais plus exigeante : si l'analogie n'est pas claire, elle reste opaque.
Personnification
Attribue à un être inanimé ou à une abstraction des caractéristiques humaines. « La ville dormait. » Utilisée en excès, elle tombe dans le cliché.
Métaphore filée
Prolonge une même métaphore sur plusieurs termes ou plusieurs phrases, en déclinant le champ lexical du comparant. Elle construit une image cohérente ; mal tenue, elle produit des incohérences comiques (une « métaphore qui se mélange les pinceaux »).
Allégorie
Représente une idée abstraite par une figure concrète et animée : la Justice aux yeux bandés, la Mort armée d'une faux. Elle se distingue de la métaphore ponctuelle par sa durée et sa cohérence : l'allégorie est soutenue, souvent personnifiée.
Prosopopée
Fait parler un absent, un mort, un animal ou une chose. Plus forte que la personnification, qui se contente de prêter des traits humains.
Figures de substitution
Métonymie
Désigne une réalité par un élément qui lui est lié : le contenant pour le contenu (« boire un verre »), la partie pour le tout, le lieu pour l'institution (« Matignon » pour le gouvernement). Figure omniprésente dans la langue courante.
Synecdoque
Variété de métonymie fondée sur un rapport d'inclusion : la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel, l'espèce pour le genre, la matière pour l'objet. « Une voile à l'horizon » pour un navire, « le fer » pour l'épée.
Périphrase
Remplace un mot par une expression plus longue et descriptive. « L'astre du jour » pour le soleil. Usage littéraire marqué : en abuser devient précieux.
Antonomase
Utilise un nom propre pour désigner une catégorie (« un harpagon » pour un avare, d'après le personnage de Molière) ou, à l'inverse, un nom commun ou une périphrase pour désigner une personne précise (« l'Empereur » pour Napoléon).
Figures d'opposition
Antithèse
Oppose deux termes ou deux idées dans un même passage, souvent dans une construction parallèle. « La veille il partait, le lendemain il revenait. » Crée un contraste frappant.
Oxymore
Accole deux termes de sens contraires dans une même expression. « Un silence éloquent », « une douce violence ». L'effet tient à la tension entre les deux termes.
Paradoxe
Énonce une idée qui semble contradictoire mais porte une vérité. Figure plus de pensée que de style, elle ouvre souvent sur une réflexion.
Chiasme
Reprend deux éléments dans l'ordre inverse dans deux segments successifs, selon une structure AB-BA. « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger » (Molière, L'Avare).
Antiphrase
Dit le contraire de ce que l'on pense, en comptant sur le contexte pour rétablir le sens. « Bravo, c'est réussi ! » devant un désastre. C'est le ressort principal de l'ironie.
Figures d'insistance
Anaphore
Répète un même mot ou groupe en début de vers, de phrase ou de proposition. « Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! / Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! » (Corneille, Horace) Puissante en ouverture, elle s'use vite si on la répète au-delà de trois ou quatre occurrences.
Épiphore
Répétition d'un même mot ou groupe en fin de segments successifs. Symétrique de l'anaphore, plus rare et plus insistante.
Gradation
Enchaîne des termes par intensité croissante (gradation ascendante) ou décroissante. « Va, cours, vole, et nous venge » (Corneille, Le Cid).
Hyperbole
Exagération expressive. « Mourir de rire. » L'hyperbole est partout dans la langue courante ; à l'écrit, elle demande retenue.
Accumulation
Juxtapose des termes de même nature. Donne l'impression d'abondance, d'étouffement ou de vertige selon le contexte.
Pléonasme
Redondance volontaire, à valeur d'insistance. « Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu » (Molière, Tartuffe). Attention aux pléonasmes involontaires qui sont des maladresses (« monter en haut »).
Figures de construction
Ellipse
Suppression d'un ou plusieurs mots que la syntaxe attendrait. « Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle ? » (Racine, Andromaque). Crée une énergie par la concision. Le même mot désigne aussi, en narration, le saut temporel qui passe sous silence une période.
Zeugme
Rattache à un même mot deux compléments de nature différente, souvent l'un concret et l'autre abstrait. « Vêtu de probité candide et de lin blanc » (Hugo, « Booz endormi »). L'effet est souvent ironique ou humoristique.
Hypallage
Attribue à un mot une qualité qui revient logiquement à un autre mot de la phrase. « Ce marchand accoudé sur son comptoir avide » (Hugo) : c'est le marchand qui est avide.
Anacoluthe
Rupture de construction syntaxique. Volontaire, elle imite la pensée en mouvement ; involontaire, elle devient faute.
Inversion
Modifie l'ordre habituel des mots. L'inversion poétique déplace le sujet après le verbe ou l'adjectif avant le nom.
Apposition
Juxtapose à un nom un autre élément qui le qualifie, détaché par la ponctuation. « Mon frère, un homme discret, entra dans la pièce. » C'est une construction grammaticale plus qu'une figure au sens strict, mais elle permet des effets de mise en relief.
Figures de sonorité
Allitération
Répétition d'une ou plusieurs consonnes dans une suite de mots. « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine, Andromaque).
Assonance
Répétition d'un même son vocalique dans une suite de mots. « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » (Verlaine) fait entendre la nasale [ɔ̃]. Allitération et assonance sont étudiées en détail dans la fiche sur la versification.
Paronomase
Rapproche des mots de sonorité proche mais de sens différent. « Qui se ressemble s'assemble. » « Traduttore, traditore » en est l'exemple italien proverbial.
Figures d'atténuation
Litote
Dit moins pour suggérer plus. « Ce n'est pas mal » pour signifier « c'est bien ». La litote est une arme discrète de la langue française, très prisée dans le style soutenu.
Euphémisme
Atténue l'expression d'une réalité désagréable. « Il nous a quittés » pour « il est mort ». À la différence de la litote, l'euphémisme ne cherche pas à suggérer davantage, mais à adoucir.
Prétérition
Prétend ne pas dire ce que l'on dit pourtant. « Je ne vous parlerai pas de ses mensonges… » Procédé oratoire, efficace dans un discours de personnage.
Principe général d'usage
Les figures de style ne sont pas un ornement décoratif. Elles répondent à un besoin précis : économie, intensité, surprise, musicalité. Une figure qui n'apporte rien affaiblit la phrase au lieu de la renforcer. En réécriture, questionnez chaque figure : qu'est-ce qu'elle fait que l'expression neutre ne ferait pas ? Si la réponse ne vient pas, supprimez-la.
Questions fréquentes
Quelle différence entre comparaison et métaphore ?
La comparaison rapproche deux éléments à l'aide d'un outil explicite (« comme », « tel », « semblable à ») ; la métaphore les identifie directement, sans outil. « Ses yeux brillaient comme des braises » est une comparaison, « les braises de ses yeux » une métaphore.
Quelle différence entre métonymie et synecdoque ?
Toutes deux désignent une chose par une autre qui lui est liée. La synecdoque repose sur un rapport d'inclusion (la partie pour le tout, « une voile » pour un navire) ; la métonymie, sur un autre type de lien (le contenant pour le contenu, l'auteur pour l'œuvre, « lire un Zola »). Beaucoup de grammaires traitent la synecdoque comme une variété de métonymie.
Quelle différence entre oxymore et antithèse ?
L'oxymore accole deux termes contradictoires dans un même groupe de mots (« une obscure clarté ») ; l'antithèse oppose deux idées à l'échelle d'une phrase ou d'un passage, souvent dans une construction parallèle.
Quelle différence entre litote et euphémisme ?
La litote dit moins pour faire entendre plus (« Va, je ne te hais point », Corneille, Le Cid, pour un aveu d'amour) ; l'euphémisme adoucit une réalité pénible sans chercher à en suggérer davantage.
Combien de figures de style faut-il connaître ?
Les traités de rhétorique en recensent plusieurs dizaines, mais une vingtaine suffit pour analyser la plupart des textes et retravailler les siens : celles de cette page couvrent l'essentiel de ce qu'on rencontre au lycée comme dans la pratique d'écriture.
Comment utiliser les figures de style dans un roman ?
Avec économie, et au service d'un effet précis. Une métaphore juste vaut mieux que trois approximatives, et une image usée devient un cliché : la liste des clichés à éviter en recense beaucoup. En réécriture, demandez-vous ce que chaque figure apporte que l'expression simple n'apporterait pas.