Structure du récit : glossaire de narratologie

Glossaire des termes de narratologie, du schéma narratif à la focalisation. Vocabulaire utile pour analyser un texte, pour discuter avec un éditeur, ou pour clarifier ses propres choix d'écriture. Pour la mise en pratique, voir le guide structure narrative.

Catégories générales

Récit : l'ensemble des événements racontés, tels qu'ils apparaissent dans le texte, dans l'ordre et sous la forme où le texte les présente.

Histoire (ou fabula) : l'ensemble des événements dans leur ordre chronologique logique, avant leur organisation narrative.

Narration : l'acte même de raconter. Inclut la voix, le temps, la posture du narrateur.

Narratologie : l'étude des structures du récit. En France, elle est associée notamment aux travaux de Gérard Genette, qui ont fixé l'essentiel du vocabulaire présenté ici (ordre, durée, fréquence, mode, voix).

Diégèse : l'univers spatio-temporel de l'histoire racontée, le monde dans lequel vivent les personnages. Est diégétique (ou intradiégétique) ce qui appartient à ce monde ; est extradiégétique ce qui se situe hors de lui, comme un narrateur qui n'appartient pas à l'univers de l'histoire, une préface ou un commentaire adressé au lecteur.

Le schéma narratif

Schéma narratif (ou schéma quinaire) : modèle qui décompose un récit en cinq étapes successives. C'est l'outil d'analyse le plus enseigné en France.

  1. Situation initiale : l'état d'équilibre précédant le premier événement perturbateur.
  2. Élément perturbateur (ou déclencheur) : événement qui rompt l'équilibre initial et lance le récit.
  3. Péripéties : série d'actions et d'événements qui transforment la situation des personnages.
  4. Élément de résolution : événement qui met fin aux péripéties.
  5. Situation finale : nouvel état d'équilibre, différent de l'état initial.

Le schéma narratif décrit la logique des événements, pas l'ordre du texte : un récit qui commence in medias res ou par une analepse peut parfaitement s'y ramener.

Structure événementielle

Intrigue : l'enchaînement structuré des événements en vue d'un dénouement.

Nœud : dans la terminologie théâtrale, le moment où le conflit se forme et où les obstacles se mettent en place.

Climax (ou acmé) : point culminant de la tension narrative, souvent placé aux trois quarts du récit.

Dénouement : résolution des tensions, révélation de l'état final.

Épilogue : prolongement facultatif qui montre l'après-dénouement.

Prologue : segment initial séparé, qui pose un cadre, un événement antérieur ou un hors-temps.

Début et fin du récit

Incipit : les premières lignes d'un texte (du latin incipit, « il commence »). L'incipit a pour fonctions d'informer (qui, où, quand), d'intéresser le lecteur et de nouer avec lui un pacte de lecture : genre, ton, point de vue.

Excipit : les dernières lignes d'un texte. Il clôt le récit, ou au contraire le laisse ouvert, et donne souvent la tonalité finale de la lecture.

Chute : fin brève et inattendue qui modifie le sens de ce qui précède. Elle est caractéristique de la nouvelle.

Fin ouverte : fin qui laisse une ou plusieurs questions sans réponse explicite. Fin fermée : fin qui résout toutes les questions posées. Fin circulaire : fin qui fait écho au début.

Temps du récit

L'ordre

Analepse : retour en arrière dans le temps de l'histoire, pour raconter un événement antérieur au moment où se trouve le récit. Communément appelé « flashback ».

Prolepse : anticipation d'un événement qui se produira plus tard dans l'histoire. « Il ne savait pas encore qu'il ne la reverrait jamais » en est une. Équivalent du « flashforward ».

Récit linéaire : récit qui suit l'ordre chronologique des événements. Les analepses et prolepses créent des anachronies, c'est-à-dire des écarts entre l'ordre de l'histoire et celui du récit.

La durée (ou vitesse)

Ellipse : saut temporel non comblé par la narration ; une période de l'histoire est passée sous silence. « Trois ans plus tard… » est une ellipse explicite ; un simple changement de chapitre peut produire une ellipse implicite.

Sommaire : passage où la narration condense une durée longue en peu de texte. « Il passa l'hiver à Lyon, travailla, s'ennuya. »

Scène : passage où le temps du récit correspond approximativement au temps de l'histoire. Souvent dialogué.

Pause : suspension du temps de l'histoire pour insérer une description ou une réflexion du narrateur.

La fréquence

Récit singulatif : raconter une fois ce qui s'est passé une fois. Récit itératif : raconter une seule fois ce qui s'est produit plusieurs fois (« Chaque dimanche, ils allaient au marché »). Récit répétitif : raconter plusieurs fois un même événement, souvent selon des points de vue différents.

Le narrateur et les niveaux narratifs

Narrateur : instance qui raconte. À distinguer de l'auteur, personne réelle.

Deux questions permettent de situer un narrateur : participe-t-il à l'histoire qu'il raconte (relation) ? À quel niveau du récit se trouve-t-il (niveau) ?

Narrateur homodiégétique : narrateur qui est aussi un personnage de l'histoire qu'il raconte, en général à la première personne.

Narrateur autodiégétique : cas particulier du précédent, narrateur qui raconte sa propre histoire (le « je » protagoniste).

Narrateur hétérodiégétique : narrateur absent de l'histoire qu'il raconte, en général à la troisième personne.

Narrateur extradiégétique : narrateur du récit premier, situé hors de tout niveau diégétique, au sommet de la hiérarchie narrative.

Narrateur intradiégétique : narrateur qui est un personnage du récit premier et qui raconte à son tour un récit enchâssé (récit second).

Les deux axes se combinent : un narrateur peut être, par exemple, extradiégétique et hétérodiégétique (le narrateur classique à la troisième personne) ou intradiégétique et homodiégétique (un personnage qui raconte, dans le roman, un épisode de sa propre vie).

Métalepse : franchissement de la frontière entre les niveaux narratifs, par exemple quand le narrateur s'adresse à ses personnages ou qu'un personnage semble s'adresser au lecteur.

Focalisation

La focalisation désigne le point depuis lequel le récit informe le lecteur : qui perçoit ? À ne pas confondre avec le narrateur, qui concerne la voix : qui parle ?

Focalisation zéro : narrateur omniscient, qui sait tout, voit tout, accède à toutes les consciences, au passé comme à l'avenir.

Focalisation interne : le récit est tenu depuis la conscience d'un personnage. On ne sait que ce qu'il sait, perçoit et pense. Elle peut être fixe (un seul personnage), variable (plusieurs personnages successivement) ou multiple (un même événement vu par plusieurs personnages).

Focalisation externe : le récit décrit les personnages de l'extérieur, comme une caméra qui enregistre les actes et les paroles sans accéder aux pensées.

Un même roman peut changer de focalisation selon les chapitres ; dans ce cas, la cohérence se joue à l'échelle de la scène, pas du livre entier. Le guide choisir le point de vue narratif traite ces choix du côté de l'écriture.

Le schéma actanciel

Schéma actanciel : modèle proposé par le sémioticien Algirdas Julien Greimas, qui décrit un récit comme une quête organisée autour de six rôles, les actants. Un actant n'est pas forcément un personnage : ce peut être un objet, une idée, une institution, un sentiment.

Sujet : celui qui accomplit la quête, généralement le protagoniste.

Objet : ce que le sujet cherche à obtenir ou à accomplir (une personne, un bien, un savoir, un état).

Destinateur : ce qui pousse le sujet à agir (un ordre, un besoin, une valeur, une circonstance).

Destinataire : celui ou ceux pour qui la quête est entreprise, qui en bénéficient.

Adjuvant : ce qui aide le sujet dans sa quête.

Opposant : ce qui entrave la progression du sujet.

On y ajoute couramment deux notions issues de la pratique de l'écriture : le protagoniste, personnage principal autour duquel se joue l'arc central, et l'antagoniste, principal opposant, qui peut être un individu, un groupe, une institution ou une force abstraite. Le schéma actanciel reste utile comme outil d'analyse, même si la pratique d'écriture s'en passe souvent.

Discours rapporté

Discours direct : les paroles sont rapportées telles quelles, signalées par guillemets ou tirets. « Il a dit : — Je pars demain. »

Discours indirect : les paroles sont rapportées via une subordonnée. « Il a dit qu'il partait le lendemain. »

Discours indirect libre : procédé qui mêle la voix du narrateur et celle du personnage sans marque grammaticale explicite. « Il partait demain. Comment ferait-il sans eux ? » Les pensées du personnage affleurent dans le récit sans être signalées par « il se demandait ».

Discours narrativisé : les paroles sont simplement mentionnées comme un événement, sans être reproduites. « Il annonça son départ. »

Le discours indirect libre est un outil majeur du roman moderne. Il permet de rapprocher le lecteur de la conscience du personnage sans couper le flux narratif.

Modes narratifs

In medias res : commencer un récit au milieu de l'action, sans exposition préalable. Les informations sur ce qui précède sont données ensuite, souvent par analepses.

Ab ovo : à l'inverse, commencer le récit par le tout début de l'histoire.

Récit cadre : récit qui contient un ou plusieurs autres récits enchâssés. Le récit cadre encadre, le récit enchâssé se déploie à l'intérieur.

Mise en abyme : insertion, dans une œuvre, d'un élément qui la reflète en miniature (une pièce dans la pièce, un roman dont le héros écrit un roman, une scène qui reproduit l'intrigue d'ensemble).

Fil rouge : motif récurrent qui traverse un récit et qui donne au lecteur une continuité implicite.

Effets narratifs

Suspense : tension produite par une information manquante que le lecteur attend. Le lecteur sait qu'un danger approche ; il attend le déclenchement.

Cliffhanger : interruption du récit à un moment de forte tension (danger, révélation imminente, question décisive), en fin de chapitre, d'épisode ou de tome, pour inciter le lecteur à poursuivre. On parle aussi de fin en suspens.

Surprise : révélation inattendue qui transforme rétrospectivement la lecture.

Ironie dramatique : décalage entre ce que sait le lecteur et ce que savent les personnages, à l'avantage du lecteur.

Plot twist (retournement) : révélation tardive qui inverse la perception du récit. Un bon retournement respecte les indices déjà posés et n'arrive pas comme une tricherie.

Immersion : sentiment, chez le lecteur, d'être transporté dans la diégèse. Elle est favorisée par la focalisation interne, la scène, les détails sensoriels, et menacée par tout ce qui rappelle la présence de l'auteur (intrusions, incohérences, maladresses de style).

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre analepse et prolepse ?

L'analepse revient en arrière pour raconter un événement passé (flashback) ; la prolepse anticipe un événement futur (flashforward). Toutes deux rompent l'ordre chronologique du récit.

Comment appelle-t-on un saut dans le temps dans un récit ?

Une ellipse : la narration passe sous silence une période de l'histoire, de quelques heures à plusieurs années. Elle peut être explicite (« Dix ans plus tard ») ou implicite.

Quelle est la différence entre narrateur et focalisation ?

Le narrateur répond à la question « qui raconte ? », la focalisation à la question « qui perçoit ? ». Un narrateur extérieur à l'histoire peut ainsi adopter la focalisation interne d'un personnage.

Que signifie diégèse ?

La diégèse est l'univers de l'histoire racontée : ses lieux, son temps, ses personnages. Les termes intradiégétique et extradiégétique indiquent si un élément appartient à cet univers ou se situe en dehors.

Quelle est la différence entre homodiégétique et hétérodiégétique ?

Un narrateur homodiégétique est présent comme personnage dans l'histoire qu'il raconte ; un narrateur hétérodiégétique en est absent. Le narrateur autodiégétique est un narrateur homodiégétique qui raconte sa propre histoire.

Quelle est la différence entre schéma narratif et schéma actanciel ?

Le schéma narratif décrit la succession des étapes du récit dans le temps ; le schéma actanciel décrit les forces en présence (sujet, objet, adjuvants, opposants, destinateur, destinataire), indépendamment de leur ordre d'apparition.

Quelle est la différence entre incipit et in medias res ?

L'incipit désigne simplement le début d'un texte, quel qu'il soit. Un incipit in medias res est un début qui plonge directement le lecteur dans l'action, sans exposition préalable.