Écrire un synopsis et une lettre d'accompagnement
Avec le manuscrit, le synopsis et la lettre d'accompagnement forment le dossier que lit un comité éditorial. Ce sont des textes utilitaires, pas des textes littéraires : leur rôle est de montrer, vite et clairement, que votre histoire tient debout.
À quoi sert un synopsis
Le synopsis est le résumé complet de votre roman, du début à la fin. Il s'adresse à un lecteur professionnel qui doit décider s'il investit plusieurs heures dans la lecture du manuscrit. Il lui permet de vérifier trois choses : que l'intrigue est construite, que la fin tient ses promesses, et que le livre correspond à la ligne de la maison.
Ce n'est pas une quatrième de couverture. La quatrième s'adresse au lecteur en librairie et cherche à lui donner envie sans rien dévoiler. Le synopsis s'adresse à un éditeur et dévoile tout. La différence est détaillée dans le guide sur la quatrième de couverture.
Tous les éditeurs ne demandent pas de synopsis : certains veulent le manuscrit seul, d'autres un synopsis et les premiers chapitres. Consultez les consignes de chaque maison, comme le recommande le guide pour trouver un éditeur.
Les règles de forme
- Longueur : une à deux pages. Une page (environ 2 000 à 3 000 signes) pour un roman de longueur courante, deux pages au maximum pour une intrigue complexe. Si un éditeur fixe une longueur, respectez-la.
- La fin est révélée. C'est la règle la plus importante et la plus souvent ignorée. Pas de « vous découvrirez la suite en lisant le manuscrit ». L'éditeur veut juger le dénouement.
- Au présent. Le synopsis se rédige au présent de narration, quel que soit le temps du roman.
- À la troisième personne. Même si votre roman est écrit à la première personne, le synopsis parle du narrateur comme d'un personnage : « Léa, la narratrice, découvre… ».
- Dans l'ordre chronologique de l'intrigue, sauf si la construction du roman est elle-même un enjeu (récit à rebours, chronologies alternées) : dans ce cas, signalez-la en une phrase.
- Peu de noms propres. Nommez le personnage principal et deux ou trois personnages essentiels. Les autres se désignent par leur fonction : « sa sœur », « le commissaire ».
- Une présentation sobre. Titre du roman, genre, longueur en signes ou en mots, puis le texte. Même police que le manuscrit.
Commencer par le pitch en une phrase
Avant d'écrire le synopsis, résumez votre roman en une seule phrase. Ce pitch sert de colonne vertébrale au synopsis et vous servira dans la lettre d'accompagnement. Il contient un personnage, son objectif, l'obstacle et l'enjeu :
[Personnage] doit [objectif] alors que [obstacle], sans quoi [enjeu].
Si vous ne parvenez pas à écrire cette phrase, ce n'est pas le synopsis qui pose problème : c'est peut-être l'intrigue elle-même qui manque de ligne directrice. Les guides sur la structure narrative et sur l'anatomie du récit aident à la dégager.
Construire le synopsis
Un synopsis efficace suit l'arc du roman en cinq mouvements, chacun résumé en un ou deux paragraphes courts :
- La situation de départ. Qui est le personnage principal, où, quand, et ce qui le définit au moment où l'histoire commence. Deux ou trois phrases.
- L'élément déclencheur. L'événement qui rompt l'équilibre et lance l'intrigue.
- Le développement. Les principales étapes, retenues pour leur rôle causal : chaque étape doit découler de la précédente (« parce que…, alors… »), et non simplement la suivre (« ensuite…, puis… »).
- La crise. Le moment où tout bascule, le choix décisif du personnage.
- Le dénouement. Comment l'intrigue se résout et ce que le personnage est devenu.
Le synopsis doit aussi faire sentir l'évolution intérieure du personnage, en une phrase ou deux : ce qu'il veut au début, ce qu'il comprend à la fin. Une suite d'événements sans transformation donne l'impression d'un roman sans enjeu. Le guide sur les personnages revient sur cette notion d'arc.
Exemple de synopsis
Voici un synopsis d'environ 1 900 signes pour un roman imaginaire, inventé pour ce guide.
Le Lac à l'étiage — roman, 380 000 signes
Agathe Morel, quarante-deux ans, hydrologue à Lyon, revient dans le village de la Drôme où elle a grandi pour vendre la maison de sa mère, morte en hiver. Elle compte rester trois jours. L'été est caniculaire, et le lac de barrage qui a englouti l'ancien village en 1968 est si bas que les ruines réapparaissent.
Parmi elles, on découvre une voiture et des ossements. Les gendarmes identifient le véhicule : celui de Paul Vernet, l'instituteur, que tout le monde croyait parti refaire sa vie en 1985. Agathe avait onze ans ; elle était son élève. Retenue par la succession, elle reste.
En triant les papiers de sa mère, elle trouve des lettres de Vernet qui révèlent une liaison entre lui et sa mère. Agathe soupçonne d'abord son père, mort depuis longtemps. Elle interroge les anciens du village, dont Simone, l'amie d'enfance de sa mère, qui se dérobe. Les relations se tendent : le maire, fils de l'ancien entrepreneur du barrage, presse Agathe de vendre et de partir.
Ses connaissances d'hydrologue lui permettent d'établir que la voiture n'a pas pu glisser dans le lac par accident à l'endroit où elle a été retrouvée : elle a été poussée depuis un chemin d'entretien, fermé à l'époque, dont seuls les employés du barrage avaient la clé.
Lors d'un orage qui menace de faire céder une digue secondaire, Simone avoue enfin : c'est la mère d'Agathe qui a tué Vernet, au cours d'une dispute, le soir où il voulait partir avec elle et l'enfant. Le père d'Agathe, employé du barrage, a fait disparaître la voiture. Simone l'a toujours su.
Agathe ne livre pas cette vérité aux gendarmes, qui classent l'affaire faute de suspect vivant. Elle ne vend pas la maison. À l'automne, le lac remonte et recouvre les ruines. Agathe comprend que le silence dans lequel elle a grandi n'était pas de l'indifférence, mais une protection, et décide de raconter l'histoire à sa propre fille.
Observez ce que fait cet exemple : il donne le genre et la longueur, révèle le coupable et la fin, mentionne l'évolution intérieure de l'héroïne, s'appuie sur des liens de cause (« ses connaissances lui permettent d'établir ») et ne nomme que quatre personnages.
Les erreurs fréquentes
- Cacher la fin pour « garder le suspense ». L'éditeur y voit soit une maladresse, soit une fin qui n'existe pas encore.
- Raconter chapitre par chapitre. Le synopsis n'est pas un plan détaillé ; il sélectionne les événements qui font avancer l'intrigue principale.
- Parler du thème au lieu de l'histoire. « Un roman sur la mémoire et le pardon » ne dit rien de ce qui se passe.
- Commenter son propre livre : « une intrigue haletante », « un personnage bouleversant ». C'est au lecteur d'en juger.
- Multiplier les personnages et les intrigues secondaires. Au-delà de cinq noms propres, le lecteur décroche.
- Copier le style du roman. Le synopsis se lit comme un document de travail : des phrases claires, sans effets.
- Dépasser deux pages. Un synopsis trop long est le premier indice d'un manuscrit trop long ou mal maîtrisé.
La lettre d'accompagnement
La lettre d'accompagnement (ou lettre de présentation) tient sur une page au maximum. Elle est adressée nominativement si possible à la personne qui reçoit les manuscrits, sinon au service des manuscrits. Sa structure type :
- Le projet en une phrase : « Je vous adresse Le Lac à l'étiage, roman de 380 000 signes. » Genre et longueur figurent dès le début.
- Le pitch : deux ou trois phrases qui présentent l'histoire de manière attractive, sans détailler la fin (c'est le rôle du synopsis).
- Pourquoi cette maison : une phrase sincère qui montre que vous connaissez son catalogue, par exemple un livre récent qui partage avec le vôtre un ton ou un thème. Évitez la flatterie générale.
- Qui vous êtes : quelques lignes, seulement ce qui éclaire le livre (un métier en rapport avec le sujet, des publications en revue, un prix de nouvelles). S'il s'agit d'un premier roman, dites-le simplement.
- La formule de clôture : remerciements, coordonnées complètes, mention des pièces jointes.
À éviter : les comparaisons avec des auteurs célèbres (« le nouveau… »), les prévisions de ventes, les avis de vos proches, les justifications personnelles longues, et toute demande de retour détaillé. Une lettre courte et précise donne l'image d'un auteur professionnel.
Questions fréquentes
Quelle longueur pour un synopsis de roman ?
Une page, deux au maximum, soit environ 2 000 à 5 000 signes. Si l'éditeur indique une longueur précise, elle prime. Un synopsis plus long perd son utilité, qui est de donner une vue d'ensemble rapide.
Faut-il révéler la fin dans un synopsis ?
Oui, toujours. Le synopsis est destiné à l'éditeur, pas au lecteur : il doit pouvoir juger la cohérence de l'intrigue et la qualité du dénouement. Cacher la fin est l'une des erreurs les plus fréquentes.
À quel temps écrire un synopsis ?
Au présent de narration et à la troisième personne, même si le roman est écrit au passé ou à la première personne.
Quelle est la différence entre un synopsis et une quatrième de couverture ?
Le synopsis résume toute l'histoire, fin comprise, pour un éditeur. La quatrième de couverture, plus courte, donne envie de lire sans rien dévoiler du dénouement et s'adresse au lecteur en librairie.
Que mettre dans une lettre d'accompagnement pour un éditeur ?
Le titre, le genre et la longueur du manuscrit, un pitch de deux ou trois phrases, la raison pour laquelle vous choisissez cette maison, une brève présentation de vous-même et vos coordonnées. Le tout sur une page au maximum.